La cérémonie de dédicace du premier roman de Seydou Nabalma, La Gifle de l’immigration, s’est tenue samedi 12 septembre 2026 à Unique and One School de Saaba. Parrainée par le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, la rencontre a été l’occasion de revenir sur les réalités souvent méconnues de l’immigration et sur les enseignements de cette œuvre de 202 pages, publiée en 2026 aux Éditions La Calebasse.
Au cours de la cérémonie, l’auteur a échangé avec le journaliste et critique littéraire Youssef Ouédraogo autour des motivations ayant conduit à l’écriture de ce roman, mais aussi des réalités auxquelles peuvent être confrontés les candidats à l’immigration. À travers les personnages de Francis et Roxane, Seydou Nabalma raconte l’histoire d’un couple vivant dans une situation confortable en Côte d’Ivoire, mais qui décide de partir au Canada, avec l’espoir d’offrir de meilleures perspectives à ses enfants. Le titre La Gifle de l’immigration résume les déconvenues auxquelles peuvent être confrontés ceux qui partent avec une vision idéalisée du pays d’accueil. Pour Seydou Nabalma, l’immigration n’est ni une aventure à condamner ni un chemin automatiquement synonyme de réussite. Elle exige surtout préparation, lucidité et capacité d’adaptation. « L’objectif du roman n’est pas de jeter l’anathème sur l’immigration », explique l’auteur, qui s’est notamment inspiré de témoignages et de situations réelles rapportés par des personnes de son entourage.

Son message est donc davantage préventif : avant de partir, il faut connaître les réalités du pays d’accueil et mesurer les exigences de son projet migratoire. L’un des aspects majeurs abordés dans le roman est la question de la reconnaissance des qualifications. Francis, ingénieur de formation, découvre à son arrivée au Canada qu’un diplôme obtenu en Afrique ne garantit pas nécessairement un emploi correspondant à son niveau de qualification. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il doit ainsi accepter un emploi de manutentionnaire. Pour certains migrants, la reprise des études, une mise à niveau ou l’obtention d’une nouvelle qualification peut devenir une étape incontournable. À cela s’ajoute la question linguistique. Dans un environnement où le français et l’anglais occupent une place importante, la maîtrise des langues peut constituer un facteur déterminant pour l’insertion professionnelle et sociale. Les difficultés décrites par Seydou Nabalma dépassent cependant le cadre professionnel.

Dans le roman, les pressions financières, les désillusions et les changements de repères sociaux et culturels finissent par fragiliser la cellule familiale. Le couple peut être confronté à la séparation ou au divorce, tandis que les enfants évoluent dans un environnement marqué par des normes parfois très différentes de celles de leurs parents. L’auteur évoque notamment certaines réalités de la société canadienne, dont la légalisation du cannabis, le contexte entourant l’aide médicale à mourir ou encore les possibilités offertes aux enfants de solliciter directement les autorités. Ces différences culturelles et sociales, souligne-t-il en substance, nécessitent une préparation de toute la famille avant le départ. Le roman ne condamne toutefois pas l’immigration. Francis et Roxane finissent par retourner en Côte d’Ivoire pour poursuivre leur parcours. Pour Seydou Nabalma, ce retour ne doit surtout pas être considéré comme un échec. « L’immigration ne doit pas être un voyage de non-retour. Il faut à un moment ou à un autre penser à repartir chez soi. ». Né à Bouaké, en Côte d’Ivoire, l’auteur est ingénieur de formation. Après avoir travaillé dans des multinationales au Burkina Faso et en Afrique centrale, il a rejoint, il y a une dizaine d’années, l’administration publique canadienne.

Son expérience personnelle nourrit ainsi une réflexion qui se veut équilibrée : partir peut ouvrir des opportunités, mais réussir son projet migratoire suppose de se préparer aux difficultés et de conserver un lien avec ses origines. La cérémonie de dédicace a également permis aux participants de partager leurs expériences et de poser des questions sur les réalités de la vie au Canada. Représentant le patron de la cérémonie, Claver Bationo a insisté sur l’importance du retour des migrants dans leurs pays d’origine, tout en appelant à la mise en place de mécanismes capables de faciliter leur réintégration. Au-delà de la fiction, La Gifle de l’immigration se présente ainsi comme un appel à la lucidité. Le roman invite les candidats au départ à mieux préparer leur projet, à ne pas considérer l’ailleurs comme un Eldorado et, surtout, à comprendre que réussir à l’étranger ne signifie pas nécessairement rompre avec ses racines.
Webactu Burkina
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *